Stellantis, le conglomérat automobile mondial, a enregistré une perte nette stupéfiante de 22,3 milliards de dollars au cours de l’année écoulée – la première depuis sa création en 2021. La cause principale ? Un pari coûteux et prématuré sur les véhicules électriques (VE) qui n’a pas réussi à trouver un écho auprès des consommateurs. Ce revers financier souligne une leçon cruciale pour l’industrie : surestimer la demande de véhicules électriques tout en sous-estimant l’attrait durable des moteurs à combustion peut être dévastateur.
Le mauvais pari au mauvais moment
Stellantis a poursuivi de manière agressive une stratégie axée sur les véhicules électriques, pour découvrir que le marché n’était pas prêt. De nombreux modèles EV ont été soit carrément annulés (comme le Ram 1500 entièrement électrique), soit n’ont pas réussi à gagner du terrain malgré leur disponibilité. L’entreprise admet avoir poussé les véhicules électriques trop tôt, jugeant mal le rythme d’adoption par les consommateurs.
Ce n’est pas simplement une question de lenteur des ventes. Les pertes proviennent d’une confluence de facteurs : coûts gonflés de la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques, projections de garantie révisées et réductions significatives des effectifs (en particulier en Italie) nécessitant des indemnités de départ substantielles. Ce faux pas a forcé Stellantis à réévaluer son approche, en réorientant ses investissements vers les moteurs à combustion interne traditionnels (ICE) tout en proposant toujours des options hybrides et électriques.
La réalité du marché
Les difficultés de l’entreprise mettent en évidence une tendance clé : les consommateurs accordent toujours de l’importance au choix. Même si les ventes de véhicules électriques augmentent, elles n’ont pas encore éclipsé la demande de ICE. Les propres offres EV de Stellantis n’ont pas aidé. La Fiat 500e, la Dodge Charger Daytona et la Jeep Wagoneer S ont toutes reçu des critiques critiques et un mauvais accueil des consommateurs. Même en Europe, où l’adoption des véhicules électriques est plus élevée, les modèles de Stellantis tels que la Citroën e-C3 et la Peugeot e-208 sont à la traîne par rapport à des concurrents comme Renault.
Le PDG Antonio Filosa a reconnu l’erreur de calcul : « Les résultats reflètent le coût d’une surestimation du rythme de la transition énergétique… ». Cet aveu franc souligne les risques qu’il y a à parier lourdement sur un avenir qui ne s’est pas pleinement concrétisé.
Un retour à la réalité
Stellantis pivote désormais. Le second semestre 2025 a vu les revenus augmenter de 10 % et les livraisons de 11 %, en grande partie grâce à une revitalisation de ses marques principales : Ram et Jeep. La réintroduction du Hemi V8 dans les camions Ram et les réductions de prix pour les modèles Jeep se sont révélées bien plus efficaces que la promotion de véhicules électriques non compétitifs.
L’entreprise ajuste également sa stratégie en matière de véhicules électriques, en se concentrant sur les modèles hybrides et en veillant à ce que les futurs véhicules électriques se démarquent de la concurrence. La décision de réintégrer un moteur thermique dans la Fiat 500 (anciennement uniquement électrique) est symbolique de ce changement.
L’expérience de Stellantis sert de mise en garde : la transition vers les véhicules électriques nécessite une approche mesurée, fondée sur une demande réaliste des consommateurs et non sur des vœux pieux. L’entreprise se concentre désormais sur la réduction des « écarts d’exécution » et le rétablissement de la rentabilité, prouvant que parfois, le chemin vers l’avenir nécessite un détour vers le présent.
